“Emeline Blanquet est née le dimanche 16 mars 1997. Peut-être pleuvait-il ou y avait-il un grand soleil ? Nous ne le saurons pas, et puis je doute que ça ait une grande importance.

Elle a vécu une enfance plus ou moins banale, ponctuée d’événements marquants. Comme tout le monde, elle traîne ses casseroles mais elle n’a jamais manqué de rien. C’est toujours plus facile de naître du bon coté de la pauvreté. Mais revenons plutôt à la photographie, après tout, vous êtes là pour ça ! Depuis son plus jeune âge, son arrière grand-mère lui montrait ses albums photos, vous savez, ceux où les images sont attachées par des coins en plastique. Un portrait en particulier lui plaisait plus que les autres, celui de la personne qui lui racontait l’histoire de chaque photographie. Elle était d’une beauté inégalable, tournée d’un quart de profil. Ce petit ovale sépia enferme une délicatesse que je ne pourrais décrire, il faudrait, pour cela, que vous le voyez. Avec ses yeux d’enfant, elle voyait simplement une magnifique photo. Dans sa tête, il était évident qu’il avait suffit d’appuyer sur un bouton pour la capturer.

Toujours à la même époque, alors que le numérique commençait son expansion, sa maman faisait des photos avec un petit compact argentique. Une pellicule, elle savait ce que c’était. Vers 9 ou 10 ans, elle a demandé à avoir son premier appareil. On lui a alors offert un compact numérique, la pire chose qu’on puisse trouver sur ce monde. Elle a pris en photo tout et n’importe quoi, évidemment. Le plus triste, c’est que ces photos sont aujourd’hui sur un disque dur illisible.

Elle a grandi. Elle a eu un bridge et continuait de prendre tout ce qu’elle voyait. Elle est entrée dans l’adolescence. A cette période elle ne s’aimait pas, ne se trouvait pas jolie. Sa poitrine était ce qu’elle aurait voulu changer le plus au monde. C’est pas évident de se considérer quand on voit partout que pour être féminine il faut avoir un décolleté généreux. Ah! Et elle a aussi fait de la guitare, mais elle n’était pas très douée, voire pas du tout. Elle n’avait jamais eu de passion et je pense que ça manquait à sa vie.

Avec le temps, elle a commencé à s’accepter. Elle a économisé pour s’acheter un réflexe numérique mais là encore, elle n’avait pas d’affinités particulière avec la photo. Peut-être aussi parce qu’elle a commencé par des paysages. Elle s’est rendu compte plus tard, après avoir commencé le portrait, en prenant ses amis en photo, qu’elle n’avait finalement aucune attirance ni sensibilité pour la photo de paysage. Elle a pris son courage à deux mains et a proposé à des inconnus s’ils voulaient passer devant l’objectif. Ça lui a permis de s’entraîner et de maîtriser son boîtier numérique. Pour la suite, et bien ce sont les rencontres qui ont fait ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Elle s’est lancé dans l’argentique, puis le pola. Elle aime leurs rendus imparfaits et pourtant touchants. L’unicité de chaque image. Elle a encore des milliards de choses à apprendre sur ces deux médias et c’est sûrement aussi pour ça qu’elle les aime autant. Elle ne manque pas d’inspiration. Toujours de nouvelles idées, de nouvelles choses à expérimenter (parfois de nouveaux appareils à acheter). Elle a également commencé le cinéma “expérimental”. En parallèle, elle a non pas appris à s’accepter mais à s’aimer, en grande partie grâce à tout ça, et fait aujourd’hui quand même de temps en temps des autoportraits. D’après ses dires, c’est techniquement compliqués mais nous sommes le premier modèle qu’on puisse trouver, et dont nous connaissons exactement les limites.

Pour elle, c’est une évidence, la photo, c’est ce qui la fait vivre, la rend heureuse. Trouver ce qu’on aime, ça change une vie, ça peut même sauver une vie.

Emeline, c’est une passionnée.”